Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol14.djvu/185

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tion. Il galopait à travers la clairière dans l’herbe haute, je ne voyais que sa tête noire et sa langue serrée entre ses dents blanches.

Je l’appelai, mais il me dépassa sans se détourner et se jeta dans le fourré. Je l’y suivis, mais plus j’avançais, plus le hallier s’épaississait. Les branches m’arrachaient mon bonnet, me cinglaient le visage ; ma veste s’accrochait aux épines des ronces. Je me rapprochais des aboiements mais ne pouvais rien voir.

Soudain, j’entendis les chiens aboyer plus fort, quelque chose craqua, et le sanglier, ayant repris haleine, se mit à grogner. Il me sembla que Boulka l’avait joint et s’attaquait à lui. Je rassemblai mes forces pour arriver plus vite, à travers le fourré, sur le lieu de la lutte. Au plus profond du fourré, j’aperçus un chien courant au poil tacheté, qui aboyait et hurlait, et, à deux pas de lui, quelque chose de noir qui se tortillait.

Quand je fus plus près, j’entrevis le sanglier, et Boulka se mit à crier furieusement. La bête, en grognant, marcha sur le chien courant qui recula, la queue entre les jambes. Je découvrais tout le côté du sanglier et sa tête. Je visai dans le flanc et tirai.

J’avais touché juste. L’animal, en grognant et brisant les branches, s’enfuit loin de moi dans l’épaisseur du fourré. Les chiens criaient, aboyaient, suivaient sa trace ; moi, je me jetai dans le fourré,