Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol14.djvu/184

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abondent en fruits savoureux : raisins sauvages, pommes, poires, mûres sauvages, pommes de pin, glands, prunelles. Quand ces fruits sont mûrs et que les premières gelées les font tomber, les sangliers s’en gavent et engraissent.

À cette époque, le sanglier est si gros qu’il ne peut soutenir longtemps la poursuite du chien. Au bout de deux heures, il se faufile dans un fourré et s’y cache. Alors les chasseurs l’y suivent, et tirent. Les abois des chiens indiquent si la bête est arrêtée ou non : si la bête est lancée, les chiens aboient avec un gémissement comme si on les battait ; et si elle s’arrête, ils aboient comme après un homme, en hurlant un peu.

Ce jour-là, je courus longtemps sans réussir à croiser la voie d’un seul sanglier. Enfin, j’entendis les abois traînants et les cris des chiens couchants et je courus de ce côté.

Je me trouvais déjà assez près d’un sanglier. J’entendais déjà un frôlement bruyant dans l’épaisseur du fourré. C’était la bête traquée par les chiens, mais on devinait aux aboiements qu’ils ne l’avaient pas encore attaquée et tournaient seulement autour d’elle.

Tout à coup, un bruit frappa mon oreille, derrière moi : je me retournai et j’aperçus Boulka. Il avait dû perdre les autres chiens, s’égarer dans la forêt, et, maintenant, entendant leurs abois, il accourait rapidement, comme moi, dans leur direc-