Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol14.djvu/195

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n’était pas grande et ne semblait point dangereuse.

Nous retournâmes à la cabane, et nous causâmes de cet incident. J’étais furieux de l’accroc de mon fusil, et je ne cessais de me dire que si le coup était parti, le loup serait resté sur place. Mon ami s’étonnait que l’animal eût pu pénétrer dans la cour. Un vieux Cosaque ne voyait là rien de surprenant, affirmant que ce n’était pas un loup mais une sorcière, et qu’elle avait jeté un sort sur mon fusil. Ainsi devisions-nous, assis devant la cabane.

Soudain, les chiens se redressèrent : devant nous, au milieu de la rue, nous aperçûmes le même loup ; mais cette fois, à nos cris, il détala si vite que les chiens ne purent l’atteindre.

Cette seconde apparition raffermit le vieux Cosaque dans son idée que le loup était une sorcière. Moi, je me demandais si ce n’était pas un loup enragé, car je n’avais jamais vu ni entendu dire, qu’un loup chassé d’un endroit y fût revenu.

À tout hasard, je saupoudrai de poudre la plaie de Boulka et y mis le feu. La poudre, s’enflammant, brûla la partie atteinte.

C’était pour brûler la salive enragée, au cas où elle n’eût pas encore pénétré dans le sang. Car si la salive est déjà entrée dans le sang, le poison se répand avec lui par tout le corps, et alors on n’y peut plus remédier.