Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol14.djvu/197

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on se baigne, on se promène. La ville proprement dite se dresse sur la montagne ; dans la vallée, il y a un faubourg. C’était une maison de ce faubourg que j’habitais. Elle était bâtie dans une cour, ses fenêtres donnaient sur un petit jardin où le maître élevait des abeilles, non dans des troncs d’arbres, comme en Russie, mais dans des corbeilles rondes. Ces abeilles étaient si douces, que, chaque matin, je venais avec Boulka m’asseoir dans ce jardin parmi les ruches.

Boulka circulait parmi les ruches, admirait les abeilles, les flairait, les écoutait bourdonner, mais il s’approchait d’elles avec tant de précaution, qu’il ne les dérangeait point, et elles ne le piquaient pas.

Un matin, comme je prenais du café dans le jardin, au retour des eaux, Boulka se mit à se gratter les oreilles, en faisant du bruit avec son collier. Ce bruit troublant les abeilles, j’ôtai au chien son collier. Un moment après j’entendis, venant de la ville, une clameur étrange et effroyable : des chiens aboyaient, gémissaient, hurlaient, des gens criaient à tue-tête, et cette clameur descendait de la montagne et se rapprochait de plus en plus de notre faubourg.

Boulka avait cessé de se gratter, sa large tête aux dents blanches appuyée entre ses pattes, et sortant, par moments, sa langue, il se tenait tranquille auprès de moi. À ce bruit, il dressa les oreilles, comme s’il eût compris de quoi il s’agissait, montra les dents,