Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol14.djvu/208

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Et, de la main caressant ses cheveux, elle lui dit :

— Vania, mon cher ami, dis la vérité à ta femme… N’est-ce point toi qui l’as tué ?

Aksénov s’exclama :

— Et toi aussi, tu le penses !

Il cacha son visage et pleura.

Un soldat vint prévenir la femme et les enfants qu’il était temps de se retirer. Aksénov dit un dernier adieu à sa famille.

Après le départ de sa femme, il repassa dans son esprit la conversation qu’il venait d’avoir, et à la pensée que sa femme doutait aussi de lui et lui avait demandé si ce n’était point lui qui avait tué le marchand, il se dit : « On voit que personne, sauf Dieu, ne connaît la vérité. C’est lui seul qu’il me faut implorer, et de lui seul attendre ma grâce. »

À dater de ce moment, Aksénov cessa d’envoyer des suppliques ; il ferma son âme à l’espoir et ne fit plus que prier Dieu.

Aksénov fut condamné au knout et aux travaux forcés. Cette sentence fut exécutée.

On le frappa du knout et, quand ses plaies se furent cicatrisées, on l’envoya en Sibérie, avec d’autres forçats.

Aksénov resta vingt-six ans en Sibérie, aux travaux forcés ; ses cheveux devinrent blancs comme la neige et sa barbe longue, étroite et toute