Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol14.djvu/257

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ouvriers travaillaient près de l’arbre où se trouvait le nid ; l’aigle s’approchait du nid tenant un grand poisson dans ses serres. Les hommes, apercevant le poisson, entourèrent l’arbre en criant et lancèrent des pierres à l’aigle. L’aigle laissa tomber le poisson, les hommes s’en emparèrent et s’en allèrent. L’aigle s’arrêta au bord de son nid, les petits aiglons levèrent la tête et se mirent à crier, demandant leur nourriture.

L’aigle était fatiguée et ne pouvait plus voler jusqu’à la mer. Elle descendit dans le nid, couvrit ses petits de ses ailes, les caressa, leur lissa les plumes, semblant les supplier d’attendre un peu. Mais plus elle les caressait, plus ils criaient.

Alors l’aigle les quitta et se posa au sommet de l’arbre. Les petits aiglons crièrent encore plus plaintivement. Alors, soudain, l’aigle elle-même poussa un grand cri, et, déployant ses ailes, s’envola lourdement vers la mer. Elle ne revint que tard dans la soirée. Elle volait doucement et très bas sur la terre ; dans ses serres, elle tenait de nouveau un grand poisson.

Quand elle fut près de l’arbre, elle se retourna pour voir s’il n’y avait pas encore des hommes, et, pliant rapidement ses ailes, elle se posa au bord du nid.

Les petits aiglons levèrent la tête et ouvrirent le bec ; alors l’aigle déchira le poisson et le donna à manger à ses petits.