Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol14.djvu/276

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Le seigneur demanda au paysan s’il savait lire et écrire. Le paysan répondit négativement.

Alors le seigneur lui dit :

— Si tu savais lire, je te donnerais un livre qui traite de la mécanique et tu verrais qu’on ne peut construire un pareil moulin, que beaucoup de savants sont devenus fous à chercher le moulin qui tourne tout seul.

Le paysan n’ajouta pas foi aux paroles du seigneur et lui répondit :

— On écrit bien des mauvaises choses dans vos livres. Je connais un mécanicien qui a construit un moulin pour un marchand, mais il l’a manqué ; eh bien, moi, qui ne suis qu’un ignorant, d’un seul coup d’œil, j’ai reconnu le défaut, je l’ai arrangé et il a marché.

Le seigneur dit :

— Et comment lèveras-tu la pierre, lorsqu’elle sera descendue ?

— Elle remontera toute seule avec la roue, répondit le paysan.

Le seigneur reprit :

— Oui, elle remontera, mais pas assez haut, et la seconde fois moins haut encore ; puis elle s’arrêtera, malgré toutes les roues que tu monteras. C’est comme si tu t’élancais sur un traîneau d’une haute montagne sur une plus petite ; tu ne pourrais de cette petite t’élancer sur la grande.

Le paysan n’abandonna pas son idée. Il se rendit