Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol14.djvu/315

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la passer ? Elle est peut-être large et rapide, et si nous la passons, est-il si aisé de prendre des oursons ? L’ourse peut nous égorger, et au lieu de bonheur nous trouverons la mort. Quatrièmement, si nous réussissons à prendre les oursons, il ne nous sera pas possible de nous sauver sans nous reposer jusqu’à la montagne. Enfin, on ne dit pas quel bonheur on trouve dans cette maison ; peut-être un bonheur dont nous n’aurons que faire.

Mais le cadet reprit :

— Je ne suis pas de ton avis. Cela n’a pas été écrit sans but sur cette pierre. Le sens de l’inscription est clair et précis. Premièrement, il n’y a pas un si grand danger à courir ; deuxièmement, si nous n’y allons pas, un autre pourra découvrir cette pierre et trouver le bonheur à notre place, et nous n’aurons rien ; troisièmement, sans peine, rien dans le monde ne peut vous réussir ; quatrièmement, enfin, je ne veux pas passer pour un poltron.

Alors, l’aîné lui dit :

— Tu connais le proverbe : « Qui veut trop n’a rien, » ou cet autre : « Un moineau dans la main vaut mieux que la grive qui vole. »

Le cadet répliqua :

— Et moi j’ai entendu dire : « Qui craint le loup n’aille point au bois » ; ou bien : « Sous une pierre immobile, l’eau ne coule pas. » Il me semble qu’il est temps de partir.

Le cadet s’éloigna et l’aîné resta.