Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol14.djvu/314

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Les Deux Frères.
Conte.

Deux frères voyageaient ensemble. Vers le milieu du jour ils s’étendirent dans la forêt pour se reposer. Quand ils s’éveillèrent, ils remarquèrent près d’eux une pierre portant une inscription. Ils la déchiffrèrent et voici ce qu’ils lurent :

« Que celui qui trouvera cette pierre marche dans la forêt vers l’orient ; sur son chemin, il rencontrera une rivière, qu’il la traverse ; sur l’autre rive, il apercevra une ourse et ses oursons ; qu’il prenne les oursons et s’enfuie sur la montagne sans se retourner. Là, il verra une maison et, dans cette maison, il trouvera le bonheur. »

Alors le cadet dit à l’aîné :

— Allons ensemble, peut-être pourrons-nous traverser cette rivière, prendre les oursons, les porter dans cette maison et trouver tous deux le bonheur.

Mais l’aîné répondit :

— Je n’irai pas chercher les oursons et ne te conseille pas de le faire. D’abord, qui prouve que cette inscription soit sérieuse ? Ce n’est peut-être qu’une plaisanterie, et puis, il est possible que nous l’ayons mal lue, ensuite, en admettant que ce soit la vérité, nous passerons la nuit dans la forêt, nous ne trouverons pas la rivière et nous nous égarerons. Si même nous trouvons la rivière, pourrons-nous