Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol14.djvu/329

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Jiline vit alors que son affaire allait mal. Le fusil étant parti, il lui restait peu de chose à tenter avec le sabre. Il tourna son cheval dans la direction du convoi et essaya de s’échapper par la fuite. Mais il voit que six Tatars lui coupent la route. Son cheval était bon, mais les leurs étaient meilleurs, et, de plus, ils prenaient de biais. Il voulut tourner bride, mais son cheval était si lancé qu’il ne put faire cette manœuvre, et il vint donner droit sur les Tatars. L’un d’eux, à la barbe rousse, monté sur un cheval gris, s’approche. Il hurle en montrant ses dents, et tient son fusil prêt.

— « Je vous connais, diables !… pense Jiline. Si vous m’attrapez, vous me mettrez vivant dans un trou et me fouetterez à coups de cravache… Mais vous ne m’aurez pas vivant… »

Bien que Jiline ne fût pas grand, il était brave. Il tira son sabre et lança son cheval droit sur le Tatar roux, en pensant :

— « Ou je t’écraserai de mon cheval, ou je te hacherai de mon sabre. »

Jiline n’eut pas la possibilité d’approcher : derrière lui, on tirait des coups de fusil ; son cheval atteint tomba et sa jambe se trouva prise sous le corps de l’animal.

Jiline voulut se relever, mais déjà deux Tatars puants étaient sur lui, et lui maintenaient les mains derrière le dos. Il fit un soubresaut et renversa les deux Tatars ; mais les trois autres