Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol14.djvu/328

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— Pourquoi regarder ? fit Kostiline. Allons en avant.

Jiline ne l’écouta pas :

— Non, dit-il, attends-moi en bas, je vais jeter un coup d’œil.

Il monta au sommet. Son cheval était un cheval de chasseur, il l’avait acheté cent roubles dans un troupeau de poulains et l’avait dressé lui-même. Il arriva au sommet comme sur des ailes.

Jiline était à peine là, que, regardant devant lui, il aperçut une trentaine de Tatars à cheval, disposés à la distance d’une déciatine à peine. Il tourna bride aussitôt. Mais les Tatars l’avaient aperçu. Ils se mirent à sa poursuite, et, tout en galopant, ajustèrent leurs fusils.

Jiline descendit la montagne de toute la vitesse de son cheval, en criant à Kostiline :

— Arme ton fusil !… vite !…

Lui ne comptait que sur son cheval.

— « Mon bon vieux, lui disait-il mentalement, porte-moi et ne fais pas de faux pas, ou je suis perdu… Si j’arrive à temps au fusil, ils ne m’auront pas. »

Mais Kostiline, dès qu’il aperçut les Tatars, sans attendre son compagnon, fila de toute la vitesse de son cheval dans la direction de la forteresse. Il fouettait tellement sa monture, à droite et à gauche, qu’on ne distinguait, dans la poussière qui l’enveloppait, qu’une queue ondoyante.