Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol14.djvu/339

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Jiline réfléchit un moment et dit :

— Et combien veut-il de rançon ?

De nouveau les Tatars se mirent à parler entre eux, et l’interprète traduisit leur réponse :

— Trois mille pièces, dit-il.

— Non, répondit Jiline. Il m’est impossible de payer cette somme.

Abdul se leva et, gesticulant avec animation, il parla à Jiline, comme si celui-ci eût pu le comprendre.

L’interprète demanda :

— Combien peux-tu donner ?

Jiline, après avoir réfléchi, répondit :

— Cinq cents roubles.

À cette réponse, les Tatars se mirent à parler tous ensemble. Abdul s’emportait contre le roux, et criait si fort que l’écume lui en venait aux lèvres.

Le roux ne s’en émut pas. Il ferma les yeux en clappant de la langue.

Enfin, tous se turent et l’interprète dit :

— Cinq cents roubles, ce n’est pas assez. Lui, il t’a payé deux cents roubles. Kazi-Mohamed était son débiteur, il t’a pris pour sa dette… Il ne peut te mettre en liberté à moins de trois mille roubles… Si tu n’écris pas, on te mettra dans un trou et tu seras fouetté à coups de cravache.

Jiline pensa :

— « Avec eux, plus on a peur, pires ils sont. »

Et il se dressa vivement sur ses jambes et dit :