Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol14.djvu/338

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Le serviteur fit asseoir Jiline à la place qui lui était indiquée, lui ôta ses souliers, les rangea à la porte, à côté de ceux des hôtes, et s’assit sur le feutre près de son maître, qu’il regarda manger, une bave de désir aux lèvres.

Quand les Tatars eurent fini leurs crêpes, une femme, vêtue, comme la petite fille, d’une chemise et d’un pantalon, la tête couverte d’un fichu, entra, emporta le beurre et les crêpes et apporta un grand baquet et une cruche à goulot étroit. Les hommes lavèrent leurs mains grasses de beurre, puis se mirent à genoux en soufflant de tous côtés, et commencèrent à dire leur prière. Ensuite, ils baragouinèrent un moment entre eux, et un des Tatars, s’adressant à Jiline, lui dit en russe :

— C’est Kazi-Mohammed qui t’a pris…

Il désigna le roux.

— Il t’a donné à Abdul-Mourad.

Il indiqua le brun.

— C’est Abdul-Mourad qui est à présent ton maître.

Jiline garda le silence.

Alors Abdul-Mourad baragouina dans son langage, puis répéta plusieurs fois en désignant Jiline, et riant :

— Bon Uruss ?… Soldat Uruss…

L’interprète traduisit :

— Il t’ordonne d’écrire chez toi afin qu’on envoie ici la rançon… Sitôt l’argent arrivé, tu seras libre.