Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol14.djvu/345

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s’accroupit devant lui, et, souriant, lui montra la cruche. « Pourquoi est-elle si gaie ? » se demanda Jiline. Il but, pensant que c’était de l’eau. C’était du lait. Quand il eut fini de boire il lui dit :

— C’est bon.

Dina fut transportée de joie :

— C’est bon, Ivan ! c’est bon ! cria-t-elle.

Elle se leva vivement, battit des mains, lui reprit la cruche et se sauva.

À dater de ce jour, elle lui apporta tous les jours du lait, en cachette. Parfois, les Tatares faisaient des galettes au fromage avec le lait de leurs brebis et les mettaient à sécher sur les toits. Alors elle en donnait quelques-unes, en cachette, à son nouvel ami.

Un jour, que le maître avait tué un mouton, elle lui en apporta un morceau dans sa manche. Elle le jeta devant Jiline et se sauva.

Un autre jour, il y eut un violent orage et la pluie tomba à flots pendant une heure. Les petits ruisseaux se troublèrent, à l’endroit du gué, l’eau montait jusqu’à trois archines. Le courant était d’une telle force qu’il charriait de grosses pierres. Les torrents coulaient avec un bruit que centuplaient les échos de la montagne. Quand l’orage fut passé, il resta plusieurs flaques d’eau dans le village. Jiline demanda un couteau au patron, tailla un petit bateau dans un morceau de bois, y adapta une roue de plumes et plaça deux poupées dessus. Les