Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol14.djvu/346

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


petites filles lui apportèrent des chiffons et il habilla les poupées, l’une en paysan, l’autre en paysanne. Il posa son bateau sur un ruisselet, la roue se mit à tourner et les poupées se balancèrent.

Tout le village fut vite réuni : des enfants, des fillettes, des femmes, des hommes accoururent et tous, clappant de la langue, répétaient :

— Aï, Uruss ! aï, Ivan !

Abdul avait une montre de fabrication russe, toute détraquée. Il appela Jiline, lui montra la montre et claqua de la langue. Jiline lui dit :

— Donne-la, je te l’arrangerai.

Il démonta la montre en s’aidant d’un canif, puis il la remonta et la montre marcha.

Le maître en fut si content qu’il lui donna son vieux bechmett, qui était tout en loques. Jiline ne put faire autrement que de l’accepter, il était toujours bon pour se couvrir la nuit.

Jiline eut bientôt la réputation d’un homme universel. On venait le voir des villages les plus lointains. L’un apportait un fusil ou un pistolet à réparer, l’autre une montre. Son maître lui donna des tenailles, une vrille et une lime.

Une fois, un Tatar étant tombé malade, l’on vint demander assistance à Jiline. Il ne savait pas un traître mot de médecine, cependant il ne refusa point. « Peut-être le malade s’en tirera-t-il tout seul, » pensa-t-il.

Il entra dans son hangar, prit de l’eau et du sable