Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol14.djvu/353

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vaches mugissaient. À plusieurs reprises l’enfant avait dit à Jiline : « Allons au village. » Mais celui-ci ne voulait point partir. Enfin ils retournèrent chez eux.

« Je sais maintenant de quel côté fuir », se dit Jiline.

Il résolut de s’enfuir cette même nuit. Les nuits étaient sombres. Mais, par malheur, les Tatars revinrent dans la soirée. D’ordinaire leur retour était bruyant et joyeux : ils ramenaient toujours du bétail. Cette fois, ils revenaient sans butin. De plus, ils ramenaient l’un des leurs, le frère du roux, tué dans une rencontre. Ils étaient très excités. Les préparatifs d’inhumation commencèrent.

Jiline sortit pour voir. On avait enveloppé le cadavre d’une toile et, sans bière, on l’avait transporté hors du village, où il gisait dans l’herbe, sous un platane. Le mollah vint. Les vieillards, leurs bonnets entourés d’étoffe, se réunirent, ôtèrent leurs chaussures et s’accroupirent sur un seul rang devant le mort.

En avant, se tenait le mollah. Derrière lui, trois vieillards en turban, et, derrière eux, tous les Tatars. Ils restèrent ainsi longtemps, silencieux.

Enfin le mollah releva la tête et dit :

— Allah !

Il prononça ce seul mot, et, de nouveau, tous demeurèrent silencieux, accroupis immobiles.

Le mollah releva de nouveau la tête et dit :