Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol14.djvu/355

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Une fois là, il ôta son bechmett, retroussa ses manches et, de ses mains musculeuses, tira son poignard qu’il aiguisa.

Les Tatars soulevèrent la tête de la jument. Le roux s’approcha, lui coupa la gorge, la renversa et la dépeça avec ses poings. Des femmes et des jeunes filles vinrent et lavèrent les intestins de l’animal qu’on découpa ensuite en plusieurs morceaux que l’on emporta dans la hutte. Tout le village était réuni chez le roux pour honorer le mort. On mangea de la jument et l’on but de la bière. Aucun Tatar ne sortit du village pendant ces trois jours-là.

Le quatrième soir, Jiline vit qu’à l’heure du dîner, ils se préparaient à sortir.

Les chevaux furent amenés. Une dizaine d’hommes, parmi lesquels le roux, se mirent en route. Abdul restait seul au village.

C’était encore la nouvelle lune et les nuits étaient sombres.

Jiline pensa :

— Il faut partir ce soir.

Il fit part de son projet à Kostiline. Celui-ci s’effraya :

— Comment nous sauverons-nous ?… Nous ne connaissons pas la route.

— Je la connais.

— La nuit ne sera pas assez longue pour que nous soyons hors d’atteinte avant le jour.

— Eh bien ! nous ferons une halte dans la forêt.