Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol14.djvu/359

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ruisseau, qu’ils franchirent, et s’engagèrent dans la vallée.

Le brouillard était épais et bas. On ne distinguait que les étoiles. Elles servirent à Jiline pour s’orienter. Il était vif et bon marcheur. Mais les bottes usées des fugitifs les gênaient. Jiline ôta les siennes, les jeta et continua sa route, pieds nus. Il sautait d’une pierre sur l’autre et consultait les étoiles. Kostiline avait peine à le suivre.

— Va plus doucement, dit-il. Ces maudites bottes m’écorchent les pieds.

— Ôte-les, tu marcheras mieux.

Kostiline marcha aussi pieds nus, mais il souffrait davantage. Les pierres lui coupaient les pieds : il retardait la marche de son compagnon.

Jiline lui dit alors :

— Ce n’est rien de s’écorcher les pieds… Tu guériras… tandis que, si on nous rattrape, on nous tuera. Ce sera pire…

Kostiline ne répondit pas et continua de marcher avec mille peines.

Ils allèrent ainsi longtemps. Tout à coup, ils entendirent, à leur droite, des aboiements. Jiline s’arrêta, gravit une colline et regarda.

— Eh ! fit-il, nous nous sommes trompés. Nous sommes allés trop à droite. Il y a ici un autre village tatar ; je viens de le voir. Il nous faut revenir et aller vers cette montagne, à gauche, où doit se trouver une forêt.