Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol14.djvu/360

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— Attends au moins un peu, dit Kostiline. Laisse-moi respirer… mes pieds sont tout ensanglantés.

— Hé, frère, cela guérira… Marche plus légèrement… Tiens, comme ça…

Et Jiline revint sur ses pas en courant. Il se dirigea à gauche, vers la montagne, dans la forêt. Kostiline restait toujours en arrière, poussant des : « oh ! » auxquels Jiline répondait par des : « chut ! » tout en continuant sa marche.

Enfin, la montagne fut gravie. Ils trouvèrent, en effet, une forêt. Ils s’y engagèrent par d’impénétrables fourrés où ils déchiraient leurs uniques habits. Enfin, ils trouvèrent un sentier et poursuivirent leur marche.

— Écoute ! On dirait qu’on frappe sur la route, s’écria l’un d’eux.

Ils s’arrêtèrent et écoutèrent.

Ce bruit semblait venir d’un cheval. Dès qu’ils se furent arrêtés, le bruit cessa ; aussitôt qu’ils se remirent en route, il recommença. Ils s’arrêtèrent, le bruit cessa de nouveau. Jiline rampa doucement vers la route et aperçut une ombre qui ressemblait vaguement à un cheval. Quelque chose d’étrange, qui ne semblait point être un homme, montait ce cheval. Il entendit une sorte de reniflement.

— Quel est ce miracle ? pensa-t-il.

Jiline sifflota doucement. L’ombre se dressa et s’enfuit comme un ouragan avec un fracas de branches brisées.