Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol14.djvu/363

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Jiline était fatigué. Ses pieds aussi étaient écorchés. Il se pencha en avant pour que Kostiline fût plus haut et le fatiguât moins, et il se mit en marche.

Mais le Tatar avait sans doute entendu le cri de Kostiline. Jiline s’aperçut que quelqu’un courait derrière eux et appelait en langue tatare.

Il se jeta dans un fourré ; le Tatar tira un coup de fusil dans la direction prise par les fugitifs, les manqua, poussa un cri et partit au trot.

— Nous sommes perdus, frère, dit Jiline. Ce chien va prévenir les autres Tatars et ils se mettront à notre poursuite… Si nous ne gagnons pas trois verstes nous sommes perdus.

Et il pensa :

— « Le diable m’emporte de m’être chargé de cette bûche ! Seul, je serais déjà loin. »

— Va-t’en seul, lui dit Kostiline. Pourquoi te perdre pour moi ?

— Non, je ne m’en irai pas. Abandonner un camarade ce n’est pas bien.

Il remit Kostiline sur ses épaules et fit ainsi une verste à travers la forêt, dont on ne voyait pas la fin.

Le brouillard commençait à se dissiper et les étoiles, pâlissant, disparaissaient une à une. Jiline n’en pouvait plus.

Il y avait justement une petite source près de la route. Jiline s’arrêta et déposa Kostiline à terre.