Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol14.djvu/362

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— C’est bien cela, dit-il. Un cavalier vient dans notre direction.

Ils s’éloignèrent vivement de la route, se cachèrent parmi les arbres et écoutèrent. Puis, Jiline rampa vers la route et aperçut un Tatar à cheval qui chassait une vache devant lui, en fredonnant quelque chose.

Le Tatar passa.

Jiline revint près de son compagnon.

— Dieu nous a gardés de cette rencontre, dit-il. Lève-toi et allons.

Kostiline voulut se lever, mais il retomba.

— Je ne puis plus… je te jure que je ne puis plus… Je n’ai plus de forces…

Il était gros, gras et tout en sueur. Dans la forêt, le brouillard froid l’avait saisi, avec cela ses pieds étaient tout écorchés, si bien qu’il n’en pouvait plus. Jiline resta stupéfait.

— Ne crie pas… Le Tatar n’est pas loin, il va nous entendre.

Et il pensa :

— « Il est sans forces, le malheureux… Que puis-je faire ?… Je ne puis pas abandonner un camarade. »

— Lève-toi, lui dit-il, et monte sur mes épaules… Je te porterai, puisque tu ne peux pas marcher.

Il mit Kostiline sur son dos et le soutint en passant les bras sous ses cuisses.

— Seulement, tiens-moi par les épaules… Ne me serre pas le cou, je t’en supplie !