Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol14.djvu/368

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— Je n’en veux pas, dit-elle.

Elle resta là silencieuse. Soudain, elle dit :

— Ivan, on veut te tuer.

Et elle fit le geste de couper la gorge à quelqu’un.

— Qui veut me tuer ?

— Mon père ; les vieux le lui ont ordonné. Moi, je te plains.

— Si tu me plains, apporte-moi un long bâton, dit Jiline.

Elle fit signe que c’était impossible.

Jiline joignit les mains, suppliant :

— Dina, je t’en prie, ma petite Dina, apporte-moi un bâton.

— Non. On s’en apercevrait à la maison.

Et elle partit.

Jiline demeura songeur toute la soirée :

— Que vais-je devenir ? se disait-il.

Il regarda le ciel, tout était calme. Des étoiles se montraient déjà, mais la lune n’était pas encore levée. Le mollah monta au minaret et lança son appel. Tout devint calme.

Jiline commençait à s’assoupir, n’espérant plus le retour de la jeune fille.

Soudain, quelques morceaux d’argile tombèrent sur sa tête. Il jeta les yeux à l’orifice de la fosse et vit descendre une longue perche.

Jiline, plein de joie, la saisit et l’attira vers lui. La perche était solide ; il l’avait vue quelques jours auparavant sur le toit d’Abdul.