Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol14.djvu/37

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examiner les fautes des Bounakov, des Evtouchevsky et critiquer ce qui est au-dessous de toute critique ? » Moi-même j’étais de cet avis jusqu’au jour où je me suis rendu compte de ce qui se passe dans le monde pédagogique et me suis convaincu que MM. Bounakov, Evtouchevsky ne sont pas quelconques mais des autorités pédagogiques qui font loi dans nos écoles. Dans des villages reculés on peut déjà trouver des instituteurs et des institutrices qui, ouvrant devant eux les manuels d’Evtouchevsky et de Bounakov, demandent d’après eux combien font une plume et une plume et de quoi est couverte la poule ? Oui, tout cela serait ridicule si ce n’était qu’une invention théorique délaissée en pratique et s’il ne s’agissait pas de l’œuvre la plus importante, — l’éducation des enfants. Quand je lisais cela au point de vue théorique, je le trouvais amusant ; mais quand j’appris et vis qu’on le mettait en pratique avec les enfants, je ressentis de la pitié et de la honte. Sous le rapport théorique, sans parler de la fausse définition qu’ils font du but des études, les pédagogues de cette école commettent cette faute essentielle qu’ils s’écartent des conditions de tout l’enseignement, que cet enseignement soit au plus haut ou au plus bas degré, à l’université ou à l’école populaire.

La condition essentielle de chaque enseignement consiste à choisir, parmi la diversité innombrable des phénomènes, ceux qui présentent une certaine