Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol14.djvu/387

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


ainsi qu’il faut faire. Et vous, enfants, vous n’êtes pas des Cosaques, mais des femmelettes. C’est sans doute uniquement pour pêcher le grand esturgeon ou faire peur aux femmes tatares que je vous ai pris !… Mais, ne voyez-vous pas vous-mêmes ?… Si vous reculez, on vous tuera ; si vous passez devant, on vous tuera ; si vous demeurez, on vous tuera. Que devenir, donc ? Après la peine, le repos… C’est comme la jument de mon père. En pente, elle tirait, en plaine, elle tirait également ; mais à la montée, elle s’obstinait, ne voulait plus tirer, allant à reculons, trouvant cela plus facile. Que fit mon père ? Il prit un gourdin et frappa la jument. Mais elle, à force de ruer, se blessa et cassa le chariot. Alors mon père la détela et l’assomma de coups. Tandis que si elle eût tiré, elle n’aurait eu aucun mal. Il en est de même pour nous, enfants. Nous n’avons plus d’autre ressource que de fondre sur les Tatars.

Les Cosaques se mirent à rire et s’écrièrent :

— Tu as raison, Timophéitch, tu es plus intelligent que nous, tu n’as donc point besoin de prendre conseil de nous, qui sommes des sots. Mène-nous où tu croiras qu’il faut aller. On ne meurt qu’une fois.

Alors, Ermak leur dit :

— Écoutez, enfants, voici ce qu’il vous faut faire : les Tatars ne nous ont pas encore vus tous ensemble. Nous nous diviserons en trois troupes. Les