Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol14.djvu/434

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que nous avions peine à les fournir de feuilles.

Le neuvième jour, les vers les plus âgés cessèrent tout à fait de manger, et se mirent à ramper en haut, sur les rayons et sur les poutres. Je les rattrapai et leur donnai des feuilles fraîches ; mais ils détournèrent la tête et s’éloignèrent. Je me rappelai alors que les vers sur le point de faire leur cocon, n’absorbent plus aucune nourriture et montent.

Je les laissai libres et me mis à regarder ce qu’ils allaient faire.

Ils rampèrent au plafond, se dispersèrent çà et là, et commencèrent à tendre une toile en divers sens. J’en examinai un. Il se glissa dans le coin, tendit six fils sur un rayon d’un verchok autour de lui, s’y suspendit, se recourba en fer à cheval, puis se mit à mouvoir sa tête en rond et à filer sa toile à soie, de manière à s’en envelopper. Vers le soir il était déjà dans sa toile comme dans un brouillard ; on le voyait à peine. Le lendemain on ne le voyait plus ; la soie l’enveloppait complètement, mais il filait toujours. Au bout de trois jours, il cessa de filer et s’engourdit.

J’ai su depuis ce qu’un ver file de soie pendant ces trois jours. Lorsqu’on dévide le cocon, le fil a parfois mille mètres de longueur et rarement moins. Si l’on calcule combien de fois, en ces trois jours, le ver doit tourner la tête pour filer toute cette soie, on trouve que le ver tourne sur lui-même trois cent