Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol14.djvu/450

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Le Géant Sviatogor [1].

Sviatogor est parti dans les champs et Sviatogor n’a rencontré personne avec qui mesurer sa force extraordinaire. Et il sent en lui une force puissante, il la sent qui coule dans ses veines, elle lui pèse comme un fardeau, et Sviatogor, la Lumière, orgueilleux, prononce les paroles suivantes :

— Si je trouvais un appui, par ma force toute-puissante je soulèverais la terre !

Dès qu’il eut prononcé ces paroles, Sviatogor aperçut un passant. Au loin, dans la steppe, le passant portait un sac, et Sviatogor se dirigea vers lui. Il se mit au trot, le passant était toujours devant lui ; il prit le galop, il ne put rattraper le passant. Alors Sviatogor s’écria à haute voix :

— Ohé, passant ! Attends un peu ! Je ne puis te rejoindre avec mon bon coursier.

De loin, le passant entendit Sviatogor ; il s’arrêta et laissa tomber son sac de ses épaules. Sviatogor s’approcha de ce sac, il voulut le soulever du bout de sa cravache, mais le sac ne remua pas ; il semblait enraciné. Sviatogor le prit du bout de son doigt : le sac ne bougea pas. Sviatogor se pencha sur son cheval et le prit avec la main ; le sac ne

  1. Le géant Sviatogor appartient à ce cycle des héros primitifs, c’est l’un des Titans de la mythologie slave ; orgueilleux de sa force, Dieu veut l’en punir.