Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol14.djvu/452

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taient. L’un vantait ses trésors, l’autre son bon coursier ; le fort vantait sa force, le sot vantait sa jeune épouse ; le sage, enfin, vantait sa vieille mère. Seul le chevalier Soukhman Odikhmantiévitch est assis à la table, absorbé dans ses pensées, et ne se vante de rien. Vladimir, le Prince, le Beau-Soleil, se promène dans la grande salle, secouant sa blonde chevelure, et tient à Soukhman ce discours ;

— Pourquoi, Soukhman, restes-tu rêveur ? Pourquoi ne manges-tu pas, ne bois-tu pas ? Pourquoi ne goûtes-tu pas au cygne blanc et ne te vantes-tu de rien à ce festin ?

Et Soukhman prononça les paroles suivantes :

— Puisque tu l’ordonnes, je vais me vanter ! Je vais t’amener un cygne blanc, non pas blessé, ni ensanglanté, mais vivant, entre mes mains.

Et Soukhman se dressa sur ses jambes agiles et harnacha son beau coursier, et Soukhman s’en alla vers la mer bleue, vers la baie calme. Et Soukhman arriva vers la première baie et n’y trouva pas le cygne blanc. Il s’en alla vers une autre baie et n’y trouva ni oie, ni cygne ; et de même, dans la troisième baie, il ne trouva ni oie grise, ni cygne blanc. Alors Soukhman demeura songeur :

— « Comment retournerai-je à la belle ville de Kiev ? Que dirai-je au prince Vladimir ? »

Il s’en alla vers le fleuve Dniéper. Là, il regarda et vit que le Dniéper n’était plus comme autrefois : tout son aspect avait changé ; son eau était chargée