Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol16.djvu/130

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et méprisable ! Et dire que je suis seule à le comprendre, que jamais personne ne le comprendra en dehors de moi qui suis impuissante même à l’expliquer. On vantera sa religion, sa moralité, son honnêteté, son intelligence, mais personne n’a vu ce que moi j’ai vu. Tout le monde ignore que, pendant huit ans, il a opprimé ma vie, qu’il a étouffé tout ce qui palpitait en moi, que pas une seule fois il ne s’est dit que j’étais une femme vivante et que j’avais besoin d’amour. Personne ne sait qu’il m’offensait à chaque instant et qu’il n’en était que plus content de lui. N’ai-je pas cherché de toutes mes forces à donner une raison d’être à ma vie ; ne me suis-je pas efforcée de l’aimer et, ne pouvant y parvenir, n’ai-je pas reporté toute ma tendresse sur mon fils ? Mais j’en suis venue au point de ne plus pouvoir m’illusionner. Suis-je donc coupable si Dieu m’a faite avec le besoin d’aimer et de vivre ? Et maintenant ? Si encore il me tuait, s’il le tuait, je pourrais comprendre, pardonner, mais non… Comment n’ai-je pas prévu ce qu’il ferait ; pouvait-il agir autrement avec la bassesse de son caractère ? Et c’est lui qui aura raison, c’est moi qui serai une femme perdue et il profitera de cette occasion pour m’abaisser encore davantage »… Des phrases de la lettre lui revenaient à la mémoire :

« … Vous imaginez facilement ce qui vous attendrait vous et votre fils ». « C’est la menace de me prendre mon fils et, sans doute il en a le droit,