Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol16.djvu/172

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lui souriant, donne-moi carte blanche, sors du régiment et je t’entraînerai sans que tu t’en aperçoives.

— Mais comprends donc que je n’ai besoin de rien hormis d’une seule chose : ne rien changer à ma situation présente, dit Vronskï.

Serpoukhovskoï se leva et vint se placer en face de lui.

— Ne rien changer à ta situation présente, je comprends ce que tu entends par là, mais écoute-moi, nous sommes du même âge, peut-être as-tu connu plus de femmes que moi — le léger sourire qui s’esquissait sur le visage de Serpoukhovskoï prévenait Vronskï qu’il ne devait pas appréhender la façon dont il toucherait le point sensible — mais je suis marié, moi, or j’affirme, et du reste quelqu’un l’a dit, que celui qui possède une femme et qui l’aime vraiment, connaît mieux la femme que celui qui en a possédé des milliers…

— Nous venons tout de suite ! cria Vronskï à un officier qui entrait dans la chambre pour les prévenir que le colonel les appelait.

Vronskï était maintenant curieux d’entendre Serpoukhovskoï et de voir où il voulait en venir.

— Voici franchement mon opinion : la femme est l’obstacle principal à la carrière de l’homme. Il est difficile de mener de front une entreprise quelconque et l’amour d’une femme. Le seul moyen d’éviter cela est le mariage. De quelle façon pour-