Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol16.djvu/203

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— Nous l’avons déjà pris aujourd’hui, mais cela ne fait rien, nous acceptons avec grand plaisir cette offre. Et si vous voulez… pour la compagnie…

Pendant qu’ils prenaient le thé, Lévine apprit toutes les affaires de son hôte. Dix ans auparavant, il avait affermé d’une dame cent vingt déciatines de terre, et l’année précédente il les avait achetées ; il avait alors affermé trois cents déciatines d’un autre propriétaire. À son tour il sous-louait une petite partie de cette terre, la plus mauvaise, et il labourait lui-même avec toute sa famille et deux ouvriers à son service, une quarantaine de déciatines de champ. Le vieillard se plaignait de l’état des affaires. Mais Lévine vit bien qu’il ne se plaignait que par convenance et que son exploitation était au contraire en pleine prospérité.

Et en effet s’il en eût été autrement, aurait-il pu acheter de la terre à cent cinq roubles la déciatine, marier ses trois fils et un neveu ; enfin aurait-il eu le moyen de faire reconstruire deux fois sa maison détruite par des incendies successifs et chaque fois avec de notables améliorations ? Malgré les lamentations du vieux paysan, on voyait qu’il était justement fier de son bien-être, fier de ses fils, de son neveu et de ses brus, fier aussi de ses chevaux, de ses vaches et surtout de la parfaite harmonie qui régnait dans son ménage.

En causant avec le vieux, Lévine se rendit compte qu’il n’était pas adversaire du progrès ; il se livrait