Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol16.djvu/234

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faisait, Lévine resta longtemps avant de pouvoir s’endormir. Contrairement à son attente, rien dans sa conversation avec Sviajskï ne l’avait intéressé ; en revanche, et tout à fait involontairement, tous les détails de sa conversation avec le propriétaire grincheux lui revenaient à la mémoire et il imaginait les réponses qu’il aurait dû lui faire.

« Vous prétendez, devais-je lui dire, que si votre exploitation ne marche pas, cela tient à ce que le paysan hait les perfectionnements et qu’il faudrait le contraindre par force à les accepter : cela pourrait être vrai si là était la véritable cause de votre insuccès, mais l’expérience prouve au contraire qu’il n’y a moyen de réussir que là où l’ouvrier agit conformément à ses habitudes, comme dans le cas du vieux paysan, chez lequel je me suis arrêté en venant. Le mauvais résultat de l’exploitation, que vous déplorez, comme nous du reste, prouve en réalité que nous seuls sommes la cause de tout le mal et non les ouvriers. Depuis longtemps déjà nous n’avons d’autres soucis que nous-mêmes et nous nous désintéressons absolument de la question de la force ouvrière. Le moment est venu de reconnaître cette force ouvrière, et je n’entends pas par là la force d’un ouvrier idéal, mais bien celle du paysan russe, tel qu’il est, et d’établir sur cette base notre plan d’exploitation. Voici ce que j’aurais dû lui dire : Imaginez que votre exploitation marche comme celle de mon vieux paysan, ima-