Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol16.djvu/247

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d’un pont, plus loin encore c’étaient les feuilles toutes luisantes qui tombaient en couches épaisses autour des arbres dépouillés. Malgré l’apparente tristesse de la nature qui l’entourait, il se sentait de l’humeur la plus heureuse. En causant avec un paysan d’un village éloigné, il avait constaté que celui-ci commençait à s’habituer au nouveau mode d’exploitation. Un vieil aubergiste, chez lequel Lévine s’était arrêté un moment pour se sécher, lui laissa à entendre qu’il approuvait ses plans et alla même jusqu’à lui demander de faire partie de la nouvelle association qu’il formait pour l’achat du bétail.

« Il me suffira d’un peu de persévérance et certainement j’atteindrai mon but », pensait Lévine. « Et il y a de quoi faire. Il ne s’agit pas là, en effet, d’une œuvre d’intérêt personnel mais d’intérêt commun. L’exploitation agricole et, en général, la situation des peuples doivent complètement se transformer. La misère doit faire place à la prospérité et à l’aisance ; l’animosité à l’entente et à la communauté des intérêts. Ce n’est là, à vrai dire, qu’une révolution pacifique, mais cette révolution doit être complète ; circonscrite d’abord dans le petit cercle de notre district, elle s’étendra peu à peu jusque dans la province, se répandra dans toute la Russie, pour envahir enfin l’Univers entier, car une idée juste ne saurait être stérile. Au reste le but vaut d’être poursuivi. Et il importe peu que ce soit