Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol16.djvu/253

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qu’une rencontre avec son frère lui paraissait particulièrement pénible. Au lieu d’un étranger gai et bien portant, dont la visite, il l’espérait du moins, aurait apporté quelque amélioration à son trouble moral, il allait se trouver en présence de son frère qui le connaissait à fond et qui allait l’obliger à fouiller jusque dans ses pensées les plus intimes pour lui fournir des explications sur ses projets, ce qu’il ne voulait à aucun prix. Tout en se reprochant ces mauvais sentiments, Lévine arriva dans le vestibule. Dès qu’il fut près de son frère, sa déception fit place à la pitié. Bien que sa maigreur et son aspect maladif fussent déjà terribles auparavant, Nicolas semblait maintenant plus décharné et plus souffrant que jamais. Il n’avait plus que la peau sur les os !

Debout dans le vestibule, agitant ses longs bras maigres pour dérouler son cache-nez, il souriait d’un sourire étrange et maladif ; devant cette attitude douce et résignée Lévine sentit l’émotion lui serrer la gorge.

— Me voilà chez toi ! dit Nicolas d’une voix sourde, et sans détacher une seconde ses yeux du visage de son frère, je voulais venir depuis longtemps, mais, j’étais souffrant ; maintenant je suis bien remis, dit-il en lissant sa barbe de sa main longue et décharnée.

— Oui, oui, fit Lévine, et son effroi s’accrut encore quand, en embrassant son frère, il sentit sous