Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol16.djvu/258

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inutile de rien entreprendre. C’était terrible, mais c’était ainsi !

« Mais je suis encore vivant, que faut-il donc que je fasse maintenant, que faut-il que je fasse ? » se dit-il avec désespoir. Il alluma la bougie, se leva sans bruit et s’approcha du miroir :

Il examina sa chevelure et son visage : sur les tempes il avait des cheveux blancs. Il ouvrit la bouche, ses dents du fond commençaient à se carier ; il regarda alors ses bras musclés et constata qu’ils étaient pleins de vigueur. Mais Nikolenka qui respirait auprès de lui avec le peu de poumon qui lui restait n’avait-il pas aussi un corps vigoureux ? Et tout à coup, il se rappela qu’étant enfants, ils couchaient ensemble et attendaient avec impatience que Féodor Bogdanovitch fût sorti de la chambre pour se lancer les oreillers et rire de si bon cœur, que la crainte même de Féodor Bogdanovitch ne pouvait arrêter cette exubérance, ce débordement de gaieté. « Et que sommes-nous devenus maintenant ? Le voilà, lui, avec cette poitrine creuse et enfoncée… et moi avec mon doute et mon ignorance de l’avenir… »

— Ah ! ah ! ah ! Diable ! Qu’est-ce que tu fais donc là-bas ? Pourquoi ne dors-tu pas ? demanda son frère.

— Je ne sais, l’insomnie…

— Moi, j’ai fort bien dormi, et maintenant je ne transpire plus. Tâte plutôt sous ma chemise, je suis sec.