Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol16.djvu/270

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Alexandrovitch attendait la fin de cette passion, comme celle de toute chose ici-bas ; il comptait sur l’oubli et conservait l’espoir que son nom resterait intact. Anna, bien qu’étant la cause de tout, était très peinée de cette situation, néanmoins la ferme conviction qu’elle avait d’en sortir à bref délai l’aidait à la supporter. Elle ignorait absolument d’où viendrait la solution, mais elle ne doutait pas qu’elle vînt très prochainement. Vronskï gagné par cette conviction attendait lui aussi cet événement inconnu d’où surgirait la fameuse solution libératrice.

Vers le milieu de l’hiver, Vronskï eut une semaine fort ennuyeuse. Il fut attaché à la personne d’un prince étranger de passage à Pétersbourg, dans le but de lui montrer toutes les curiosités de la ville. Cette mission lui avait été confiée en raison de son extérieur très distingué, de sa tenue irréprochable et de son habitude de la haute société. Mais cette tâche lui paraissait très pénible. Le prince désirait pouvoir répondre, à son retour, à toutes les questions qu’on pourrait lui poser sur la Russie et, de plus, il désirait jouir le plus possible des plaisirs russes. Vronskï devait le guider en tout : le matin, il lui présentait les curiosités de la ville, et le soir il l’initiait aux plaisirs nationaux. Le prince était doué d’une santé exceptionnelle, même pour un prince ; par la gymnastique et les soins hygiéniques de sa personne, il