Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol16.djvu/348

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moment cependant cela ne l’intéressait nullement. Elle causait en particulier avec Lévine et ce n’était pas seulement une conversation, mais une sorte de rapprochement mystérieux qui, à chaque moment, les unissait davantage et faisait naître en eux un sentiment de crainte mêlé de joie devant l’inconnu où ils entraient.

Tout d’abord Lévine, lorsque Kitty lui demanda de quelle façon il avait pu la voir en voiture, lui raconta comment il l’avait aperçue en revenant du fauchage.

— C’était le matin, de très bonne heure… Vous veniez probablement de vous éveiller… Votre mère dormait dans son coin… La matinée était superbe… Je marchais lorsque tout à coup je me demandai : « Qui donc vient là-bas, dans une voiture à quatre chevaux ? » C’étaient de bons chevaux, avec des grelots… Et rapidement vous passez. Par la portière je vous aperçois assise, comme cela, retenant des deux mains les rubans de votre bonnet ; vous sembliez réfléchir profondément… dit-il en souriant. Comme je voudrais savoir à quoi vous pensiez alors ! Était-ce à quelque chose d’important ?

« Pourvu que mes cheveux n’aient pas été défaits », pensa-t-elle. Mais voyant le sourire enthousiaste qu’amenait sur le visage de Lévine le souvenir de ces détails, elle comprit que l’impression produite alors avait été très bonne. Elle rougit et se mit à rire joyeusement.