Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol16.djvu/356

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— Je m’y suis résolu à l’extrême rigueur. Je n’ai plus rien à faire.

— Rien à faire… Rien à faire !… prononça-t-elle les larmes aux yeux. Non, ce n’est pas vrai qu’il n’y ait rien à faire !

— C’est bien là ce qu’il y a de plus terrible dans mon cas ; en présence de tout autre malheur, devant la mort, par exemple, il est possible de porter sa croix, mais ici il faut agir, dit-il, comme s’il eût deviné sa pensée. Il faut sortir de cette situation humiliante où l’on se trouve ; on ne peut pas vivre à trois.

— Je comprends, je comprends très bien, dit Dolly ; et elle baissa la tête.

Elle se tut pensant à elle-même, à ses malheurs conjugaux, et, tout à coup, d’un mouvement énergique, elle releva la tête, et, d’un geste suppliant, joignit les mains.

— Mais, attendez ! Vous êtes chrétien. Pensez à elle ! Que deviendra-t-elle si vous l’abandonnez ?

— J’y ai songé, Daria Alexandrovna, j’y ai mûrement réfléchi, dit Alexis Alexandrovitch ; — un flot de sang lui monta au visage, et son regard jusque-là indécis se fixa droit sur elle. Dolly le plaignait déjà de toute son âme. — Quand elle m’eut instruit de ma honte, j’ai laissé les choses dans l’état où elles étaient auparavant, je lui ai laissé la possibilité de se ressaisir, j’ai tâché de la sauver. Qu’est-il advenu ? Elle n’a pas observé la seule prescrip-