Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol16.djvu/38

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une besogne, il faut la finir… et Lévine entendit parmi les faucheurs un rire étouffé.

— Je tâcherai de ne pas rester en arrière, dit-il, se mettant derrière Tite, en attendant le moment de commencer.

Tite lui fit de la place et Lévine s’avança derrière lui.

L’herbe, près de la route, était très basse, et Lévine, qui depuis longtemps, n’avait pas fauché et que gênaient les regards qu’il sentait tournés vers lui, faucha d’abord très mal, bien qu’il maniât vigoureusement la faux.

Des voix disaient derrière lui :

— Mal emmanché. Il tient trop haut. Regarde comme il est obligé de se courber.

— Appuie davantage du talon, disait un autre.

— Bah ! Ça ira, disait le vieux. Le voilà parti… Tes fauchées sont trop larges, tu te fatigueras… C’est un maître, il travaille pour son propre compte !… En voilà de l’ouvrage ! Dans le temps nous aurions reçu des coups pour de l’ouvrage fait comme ça.

L’herbe devenait plus tendre ; Lévine écoutait sans répondre, il faisait son possible pour faucher bien et suivre Tite. Ils firent ensemble une centaine de pas. Tite avançait toujours sans s’arrêter ni montrer la moindre fatigue, mais Lévine craignait déjà de ne pas aller jusqu’au bout tant il était las. Il sentait qu’il dépensait ses dernières forces pour