Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol16.djvu/398

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pensée et de la parole recommencèrent, et de nouveau tout cela se termina par un état d’abattement. Le jour suivant, ce fut la même chose, et les médecins reprirent espoir. Ce jour-là, Alexis Alexandrovitch entra dans la pièce où se tenait Vronskï et, après avoir fermé la porte, s’assit en face de lui.

— Alexis Alexandrovitch, — dit Vronskï, sentant que le moment de l’explication était venu, — je ne puis parler, je ne suis en état de rien comprendre. Ayez pitié de moi. Quelque grande que soit votre peine, croyez que je souffre encore davantage.

Il voulut se lever, mais Alexis Alexandrovitch le prit par le bras et lui dit :

— Je vous prie de m’écouter. C’est nécessaire. Je dois vous expliquer les sentiments qui m’ont guidé jusqu’ici et qui me guideront à l’avenir, afin que vous ne vous trompiez point sur mon compte. Vous savez que je me suis décidé au divorce, et que j’ai déjà fait les premières démarches. Je ne vous cacherai pas qu’avant de prendre cette résolution, j’ai longtemps hésité, j’ai souffert. J’avoue que le désir de tirer vengeance de vous deux m’a poursuivi. Quand j’ai reçu le télégramme, c’est avec les mêmes intentions que je suis venu, je dirai plus, je désirais sa mort… Mais (il se tut, réfléchissant s’il fallait ou non lui dévoiler ses sentiments) je l’ai vue et j’ai pardonné. Et le bonheur du pardon m’a révélé mon devoir. J’ai pardonné entièrement. Je