Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol16.djvu/403

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vitch qu’il croyait avoir devant lui. Et il voyait le visage d’Anna, rouge de fièvre, et ses yeux brillants qui regardaient avec tendresse et amour non pas lui, mais Alexis Alexandrovitch. Il voyait sa propre physionomie stupide et ridicule, ainsi qu’elle devait l’être quand Alexis Alexandrovitch lui avait écarté les mains.

Il s’allongea de nouveau, et, reprenant la même pose qu’auparavant, il se jeta sur le divan et ferma les yeux.

« Dormir, dormir ! » se répétait-il. Mais, les yeux fermés, il voyait encore plus nettement le visage d’Anna, tel qu’il lui était apparu, le soir mémorable des courses. « C’est impossible, cela ne sera pas. Elle veut effacer cela de son souvenir. Et moi, je ne puis vivre ainsi ! Comment donc nous réconcilier ? Oui, comment nous réconcilier ? » prononca-t-il à haute voix, et, inconsciemment, il se mit à répéter ces paroles. Cette répétition des mots empêchait l’apparition des nouvelles images et des nouveaux souvenirs qui assiégeaient son cerveau. Mais ce répit ne fut pas de longue durée. De nouveau, les souvenirs des moments les plus heureux du passé mêlés à ceux de sa récente humiliation se succédèrent dans son esprit avec une rapidité extraordinaire.

« Écarte tes mains ! » disait la voix d’Anna. Il les écartait et sentait combien avait dû être ridicule et stupide l’expression de son visage. Il restait cou-