Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol16.djvu/440

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dans sa chambre. Sans réfléchir, sans s’occuper si elle était seule ou non, il la prit dans ses bras et couvrit de baisers son visage, ses mains et son cou.

Anna s’était préparée à cette entrevue, elle avait réfléchi à ce qu’elle lui dirait ; mais elle n’eut pas le temps de rien dire ; toute la passion de Vronskï se communiquait à elle. Elle voulut le calmer, se calmer elle-même, mais il était trop tard. Ses lèvres tremblaient tant qu’elle ne pouvait prononcer un seul mot.

— Oui, tu m’as prise toute et je suis à toi, dit-elle enfin en le serrant contre sa poitrine.

— Cela devait être ainsi. Tant que nous vivrons, cela sera. Je le sais maintenant.

— C’est vrai, dit-elle pâlissant de plus en plus et lui enlaçant le cou. Cependant tout cela n’est-il pas horrible après ce qui s’est passé ?

— Tout s’arrangera, tout s’arrangera. Nous serons si heureux ! Si notre amour était susceptible d’augmenter, il grandirait du fait qu’il y a en lui quelque chose d’horrible ! dit-il en levant la tête et son sourire découvrait ses belles dents.

Elle ne put s’empêcher de lui sourire, cependant ce sourire ne répondait pas à ses paroles mais aux yeux pleins d’amour de Vronskï. Elle prit sa main et en caressa ses joues fraîches et ses cheveux courts.

— Je ne te reconnais plus avec ces cheveux