Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol16.djvu/55

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dant son visage humide et rouge et son cou penché sur l’assiette.

— C’est admirable ! Tu ne peux t’imaginer quel magnifique régime contre toutes les sottises. Je veux enrichir la médecine d’un terme nouveau : Arbeitscur.

— Il me semble que toi, tu n’en as pas besoin !

— Oui, mais cela pourrait être d’une certaine efficacité contre les diverses maladies nerveuses…

— En effet, il faut en faire l’expérience. J’ai voulu aller vous regarder faucher, mais la chaleur était si insupportable que je ne suis pas allé au delà du bois. Chemin faisant j’ai rencontré ta nourrice que j’ai questionnée sur ce que pensent de toi les paysans. Si je l’ai bien comprise, ils ne t’approuvent pas. « Ce n’est pas l’affaire des maîtres ! » m’a-t-elle dit. En général, je crois que le peuple a des idées très arrêtées sur une certaine activité qu’il appelle « celle des maîtres » et il n’admet pas que ceux-ci sortent du cadre qu’il leur a tracé dans son imagination.

— Peut-être. Je n’en ai pas moins éprouvé un plaisir comme jamais jusqu’ici je n’en avais éprouvé. Et, en définitive, il n’y a rien de mal à cela, dit Lévine. Tant pis si cela leur déplaît. D’ailleurs cela n’a aucune importance, n’est-ce pas ?

— En somme, dit Serge Ivanovitch, je vois que tu es très content de ta journée ?

— Enchanté. Nous avons fauché toute la prairie,