Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol17.djvu/110

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n’est pas naturel. C’est trop beau ! dit-il en lui baisant la main.

— Moi, c’est le contraire, plus je suis heureuse, plus je trouve que c’est naturel.

Les occupations sérieuses étaient interrompues, et quand Kouzma vint annoncer que le thé était servi, ils se séparèrent brusquement comme des coupables.

— Est-on arrivé de la ville ? demanda Lévine à Kouzma.

— On vient d’arriver. On déballe les paquets.

— Viens vite ! lui dit-elle en sortant du cabinet de travail, autrement je lirai les lettres sans toi ; et après nous jouerons du piano à quatre mains.

Resté seul, Lévine serra ses cahiers dans un nouveau bureau acheté par sa femme, se lava les mains dans un lavabo neuf et élégant, également acheté par elle, et tout en souriant à ses pensées, secoua la tête d’une façon mécontente. Une sorte de remords le tourmentait ; sa vie était trop molle, trop gâtée, il en éprouvait une certaine honte.

« Ce n’est pas bien de vivre ainsi, pensa-t-il. Voilà bientôt trois mois que je ne fais rien. C’est aujourd’hui pour la première fois que je me suis mis sérieusement au travail, et quoi ? j’avais à peine commencé que j’ai tout laissé. Je néglige jusqu’à mes occupations habituelles, je ne vais presque jamais dans les champs. Tantôt j’ai du regret de