Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol17.djvu/115

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— Elle m’écrit que Nicolas, mon frère, est mourant. Je pars.

Kitty changea de visage. Dolly, Tania en marquise, tout était oublié.

— Quand partiras-tu ? demanda-t-elle.

— Demain.

— Puis-je t’accompagner ?

— Kitty, quelle idée ! répondit-il sur un ton de reproche.

— Comment, quelle idée ? dit-elle froissée de l’accueil fait à sa proposition. Pourquoi ne partirais-je pas ? Je ne te gênerai pas. Je…

— Je pars parce que mon frère se meurt, dit Lévine, et toi, pour quelle raison ?

— Comment, pour quelle raison ? mais pour la même que toi.

« Dans un moment si grave pour moi elle ne songe qu’à l’ennui de rester seule », pensa Lévine ; et cette réflexion l’affligea.

— C’est impossible ! fit-il sérieusement.

Agafia Mikhaïlovna, voyant les choses se gâter, déposa doucement sa tasse et sortit. Kitty ne le remarqua même pas. Le ton des dernières paroles de son mari l’avait particulièrement blessée, car il n’attachait évidemment aucune créance à ses paroles.

— Je te dis, moi, que si tu pars, je pars aussi, dit-elle vivement et avec colère. Pourquoi est-ce impossible ? Pourquoi dis-tu que c’est impossible ?

— Parce que pour aller Dieu sait où, dans quelle