Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol17.djvu/116

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auberge, tu ne feras que me gêner, dit Lévine, tâchant de se maîtriser.

— Pas du tout, je n’ai besoin de rien. Où tu peux aller j’y puis aller aussi…

— Ainsi rien qu’à cause de cette femme, avec laquelle tu ne peux te trouver en contact…

— J’ignore toutes ces histoires et ne veux rien savoir. Je ne sais qu’une chose : que le frère de mon mari se meurt, que mon mari va le voir, et que moi je l’accompagne pour…

— Kitty ! ne te fâche pas, et songe que dans un cas aussi grave il m’est pénible de te voir mêler à mon chagrin une véritable faiblesse, la crainte de rester seule. Eh bien ! si tu t’ennuies seule, va à Moscou.

— Te voilà bien ! Tu m’attribues toujours des sentiments mauvais, mesquins, s’écria-t-elle avec des larmes de colère et de dépit. Je ne suis pas faible… Je sens qu’il est de mon devoir de rester avec mon mari quand il est malheureux, mais tu veux me blesser, tu fais exprès de ne pas comprendre…

— Mais c’est affreux de devenir ainsi esclave ! s’écria Lévine en se levant et n’ayant plus la force de contenir son dépit. Mais au même moment, il sentit qu’il se frappait lui-même.

— Alors pourquoi t’es-tu marié ? Tu serais libre ! Pourquoi, si tu te repens déjà ? Et elle s’enfuit dans le salon.