Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol17.djvu/140

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mais au bout d’une demi-heure il fut réveillé par une quinte de toux qui dispersa tout d’un coup les espérances de son entourage et les siennes. La réalité de la souffrance détruisait tout espoir aussi bien pour Lévine et Kitty que pour le malheureux lui-même.

Oubliant ce qu’il avait cru une demi-heure avant, semblant même honteux de se le rappeler, il demanda de l’iode à respirer ; on lui en apporta un petit flacon, fermé d’un papier percé de trous. Lévine lui tendit le flacon, et le même regard d’espoir passionné dont il avait regardé l’icône en recevant l’extrême-onction, se fixait maintenant sur lui, attendant la confirmation des paroles du docteur qui attribuait aux inhalations des vapeurs d’iode des propriétés miraculeuses.

— Kitty n’est pas là ? râla-t-il en regardant autour de lui quand Lévine lui eut confirmé les paroles du docteur. — Non. Alors je puis parler… C’est pour elle que j’ai joué cette comédie. Elle est si gentille ! Mais ni toi ni moi ne pouvons nous tromper. Voilà en quoi j’ai foi ! dit-il serrant le flacon dans sa main osseuse et aspirant l’iode.

Vers huit heures du soir, pendant que Lévine et sa femme prenaient le thé dans leur chambre. Marie Nikolaïevna accourut tout essoufflée. Elle était pâle et ses lèvres tremblaient.

— Il se meurt, balbutia-t-elle. J’ai peur qu’il ne meure à l’instant !