Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol17.djvu/139

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extraordinaires dont elle avait entendu parler. Lévine savait tout cela et il lui était pénible de voir ce regard suppliant, plein d’espoir, et cette main maigre qui se soulevait avec effort pour faire les signes de croix sur le front plissé par l’attention, sur les épaules décharnées et cette poitrine enfoncée, râlante, qui ne pouvait plus contenir la vie qu’implorait le malade.

Pendant la cérémonie, Lévine fit ce qu’il avait fait des milliers de fois, tout incrédule qu’il était. Il répétait, s’adressant à Dieu : « Si tu existes, fais que cet homme guérisse, et tu nous sauveras tous deux. »

Après l’extrême-onction, le malade, tout d’un coup, se sentit mieux. Pendant une heure il ne toussa pas une seule fois. Il souriait, baisait la main de Kitty avec des larmes de reconnaissance, assurait qu’il allait bien, ne souffrait pas, se sentait de l’appétit et des forces. Il se releva seul quand on lui apporta sa soupe et demanda une côtelette. Quelque désespérée que fût sa situation, quelque impossible que fût la guérison, Lévine et Kitty passèrent toute cette heure dans une espèce d’agitation faite de bonheur et de crainte de se tromper.

— Il va mieux ? — Oui, beaucoup mieux. — C’est étonnant ! — Il n’y a rien d’étonnant ! — Cependant il va mieux, se chuchotaient-ils en souriant. Cette illusion dura peu. Le malade s’endormit,