Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol17.djvu/163

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joues de l’enfant effrayé, elle lui apprit que son père était un saint et que sa mère était morte. La comtesse tint sa promesse et se chargea effectivement de tous les soins de la maison d’Alexis Alexandrovitch.

Mais elle n’avait point exagéré en disant qu’elle n’entendait rien aux choses pratiques. Ses ordres ne pouvaient raisonnablement s’exécuter et Korneï, le valet de pied d’Alexis Alexandrovitch, devait toujours les changer, si bien qu’il eût peu à peu le gouvernement de la maison ; et, avec de grandes précautions, pendant la toilette de son maître, il lui rapportait tout ce qu’il jugeait utile de lui faire savoir. Néanmoins l’intervention de la comtesse Lydie Ivanovna n’était pas sans utilité ; son affection et son estime furent pour Alexis Alexandrovitch un soutien moral, et à sa grande joie, elle parvint presque à le convertir à la religion chrétienne, c’est-à-dire à faire d’un croyant indifférent un chaleureux défenseur de la nouvelle interprétation de la doctrine chrétienne qui se répandait depuis peu à Pétersbourg.

Cette conversion n’était pas difficile. Alexis Alexandrovitch, comme la comtesse, comme tous ceux qui partageaient les idées nouvelles, était dénué d’une imagination profonde, c’est-à-dire de cette faculté de l’âme, grâce à laquelle les mirages de l’imagination exigent pour se faire accepter une certaine conformité avec la réalité.