Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol17.djvu/182

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d’un autre. Tout cela brûlait son cœur de honte et de remords.

Maintenant, en fouillant son passé, en se rappelant les paroles maladroites par lesquelles, après de longues hésitations, il lui avait proposé un accommodement, il éprouvait ce même sentiment de honte et de remords.

« Mais en quoi suis-je donc coupable ? » se disait-il. Et cette question lui en suggérait une autre : « Tous ces hommes, ces Vronskï, ces Oblonskï, ces chambellans aux mollets rebondis, comment sentent-ils, comment aiment-ils, comment se marient-ils ? » Et il évoquait une série de ces êtres vigoureux, sûrs d’eux-mêmes, forts, qui avaient toujours attiré sa curiosité et son attention.

Il essayait de chasser ces pensées, de se convaincre qu’il ne vivait pas pour la vie temporaire d’ici-bas mais pour la vie éternelle, qu’en son âme régnaient la paix et l’amour. Néanmoins le fait d’avoir commis des fautes, ainsi qu’il se l’imaginait, dans cette vie temporaire et misérable, le faisait souffrir comme si le salut éternel auquel il croyait n’eût été qu’une chimère. Heureusement la tentation ne fut pas longue, et bientôt reparurent dans l’âme d’Alexis Alexandrovitch ce calme et cette élévation qui lui permettaient d’oublier ce qu’il voulait éloigner de sa pensée.