Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol17.djvu/19

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sans Créateur ? prononça-t-il en jetant un regard interrogateur sur Lévine.

Lévine sentit qu’il serait inconvenant d’engager avec le prêtre une discussion philosophique et il répondit simplement à sa question :

— Je ne sais pas.

— Vous ne savez pas ? Alors comment doutez-vous que Dieu ait créé tout cela, dit le prêtre joyeusement étonné.

— Je ne comprends rien, dit Lévine en rougissant et sentant que ses paroles étaient stupides, mais qu’en se rétractant il n’en pouvait être autrement.

— Priez Dieu ; suppliez-le. Les saints eux-mêmes ont eu des doutes, et ils ont prié Dieu d’affermir leur foi. Le démon est puissant, mais nous devons lui résister. Priez Dieu : suppliez-le. Priez Dieu… répéta-t-il très vite.

Puis il se tut un moment, semblant réfléchir.

— J’ai entendu dire que vous avez l’intention d’épouser une de mes paroissiennes, ma fille spirituelle : la princesse Stcherbatzkï ? dit-il avec un sourire. C’est une charmante jeune fille.

— Oui, fit Lévine, rougissant pour le prêtre.

« Pourquoi me demande-t-il cela en confession ? » pensa-t-il.

Répondant à sa pensée, le prêtre lui dit :

— Vous vous préparez au mariage, et peut-être Dieu vous accordera-t-il une postérité. Eh bien !